6 novembre 2013, 11:32

La France à l’assaut de l’Angola ?

Par La Voix de la Russie | La très récente visite de Laurent Fabius, Ministre français des Affaires étrangères, en Angola, a clairement montré le désir de l’Hexagone d’étendre son influence au-delà de l’Afrique francophone et de jouer la concurrence dans un pays déjà très convoité par bon nombre d’autres partenaires.

« La France veut sa part du miracle angolais », tel était le titre d’un article paru le 1er novembre sur le site de France 24. En effet, la première visite en dix ans d’un Ministre français des Affaires étrangères dans ce pays n’a rien d’anodin, bien au contraire. L’Angola est effectivement pour beaucoup un eldorado à exploiter à tout prix. Ce pays lusophone du Sud-Ouest de l’Afrique vit un véritable boom économique depuis plusieurs années.

Plusieurs grands patrons des principales entreprises françaises ont accompagné M. Fabius à Luanda, la capitale angolaise. Parmi elles, on peut citer Total, Airbus, Air France, Alstom, Bolloré, Veolia, BNP Paribas… Du beau monde en gros. La France ne cache pas que l’arrivée d’une délégation aussi importante en Angola est liée ouvertement à ses intérêts économiques et commerciaux dans ce pays. D’ailleurs, comme le note si bien le site du ministère français de l’Economie et des Finances, « peu de pays dans le monde ont un potentiel aussi important que l’Angola, où, malgré la concurrence, il existe d’importantes possibilités pour les entreprises françaises en dépit des difficultés d’approche du marché ».

Le pétrole reste pour le moment le principal intérêt. L’Angola en est désormais le deuxième producteur du continent africain (derrière l’Algérie et devant le Nigeria). C’est donc sans surprise que dans le total de 10 milliards d’euros d’investissements directs français en Angola en 2012, plus de 90% sont représentés par Total. Mis à part l’or noir, l’Angola compte également d’autres ressources en quantités importantes : gaz, diamants, or, bauxite, uranium, industrie de la pêche, … Sans oublier d’autres domaines avec lesquels veut renouer le pays, comme l’agriculture, naguère prospère.

L’Angola est devenu en outre un eldorado pour les travailleurs étrangers, et point important, pour les travailleurs européens, Portugais en premier lieu. En effet, plus de 150 000 travailleurs portugais y travaillent officiellement, sans compter les citoyens portugais en situation irrégulière, reconduits de temps à autre à la frontière. L’Angola est par ailleurs devenu l’un des principaux pays investisseurs étrangers d’un Portugal en crise, faisant que celui-ci n'a jamais autant dépendu de son ancienne colonie.

En dehors des énormes opportunités d’affaires qu’offre l’Angola, pour la France il s’agit aussi vraisemblablement de tenter de jouer sur le terrain de la Chine. Car en effet, l’Empire du milieu est le premier partenaire économique et commercial de l’Angola. Forte de sa présence via ses milliards d’investissements, la Chine est également représentée à travers ses nombreux concitoyens présents dans le pays (plus de 250 000 selon les sources occidentales). Pour la France, dont la présence est de plus en plus contestée au sein de ses anciennes colonies francophones et avec le système de la Françafrique de plus en plus remis en cause, l’Angola représente une occasion d’étendre encore plus son influence.

Qu’en sera-t-il en réalité ? Difficile à dire. Malgré les atouts que la France possède dans un certain nombre de domaines, l’approche adoptée sera probablement décisive. Car si la Chine, qui ne compte nullement lâcher ses intérêts en Afrique en général et en Angola en particulier, et qui a depuis longtemps fait du continent africain l’une de ses priorités en matière de politique extérieure, a très souvent su trouver la bonne approche avec ses partenaires africains, la France elle, habituée à bien souvent simplement dicter ses désirs dans ses anciennes possessions, aura beaucoup de mal à faire de même en Angola. Il faut quand même bien le rappeler, l’Angola fait partie de ces pays sur le continent africain ayant toujours su défendre avec ardeur leur souveraineté.

L’histoire relativement récente de l’Angola (longue guerre d’indépendance contre le Portugal, puis très longue et dévastatrice guerre civile) lui ont appris à défendre coûte que coûte ses intérêts, où que ce soit et avec qui que ce soit. La France saura-t-elle éviter avec l’Angola les erreurs commises (et qu’elle commet encore) avec bon nombre d’autres pays africains et s’y imposer ? Telle est la question. On en saura beaucoup plus dans un avenir proche. N

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