15 janvier 2013, 19:31

Enver Hodja : les notes gastronomiques du staliniste albanais

Enver Hodja : les notes gastronomiques du staliniste albanais

Le leader communiste d’Albanie Enver Hodja dirige la pays pendant quarante ans et entre dans l’histoire comme leader de la République socialiste populaire d’Albanie et fondateur du hodjaïsme.


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Le leader communiste d’Albanie Enver Hodja dirige la pays pendant quarante ans et entre dans l’histoire comme leader de la République socialiste populaire d’Albanie et fondateur du hodjaïsme. La vie d’Enver Hodja est consacrée à la lutte contre toutes sortes de tendances qu’il estime révisionnistes dans le maxisme-léninisme. Le leader albanais blâme dans ses ouvrages Khrouchtchev, Brejnev, le leader yougoslave Tito et même Mao Zedong. Par contre, Hodja éprouve un respect particulier envers Staline et se souvient souvent dans ses œuvres des repas avec les dirigeants soviétiques.

Enver Hodja se souvient dans son livre « Avec Staline » d’un dîner en compagnie du leader soviétique pendant sa visite en URSS en 1949. « Le dîner est très intéressant, se souvient Hodja. Il n’y a pas de serveurs. Une jeune fille apporte tous les plats en cuves fermées pour qu’ils restent chauds. Elle met les assiettes sur la table et s’en va. Staline se lève, coupe en restant debout les morceaux de poulet et, tout en plaisantant, prend enfin place à table. « Mangeons donc, s’adresse Staline à l’invité albanais. Qu’est-ce que tu attends ? Tu penses que les serveurs viendront nous offrir des plats ? Les voici les assiettes, vas-y : ôte le couvercle et mange, sinon il ne restera rien ». Le leader communiste albanais se souvient que Staline le régale d’un fruit exotique qu’il épluche lui-même : cela le fait penser à la tradition albanaise d’éplucher la pomme avant de l’offrir à l’invité.

Un jour Staline lui demande : « Camarade Enver, mangez-vous du porc ? » Celui-ci répond par l’affirmative. Il est à noter que la famille d’Enver Hodja professe l’islam en appartenant à la secte des Bektachî conservateurs. Bien que Staline conseille alors à l’invité albanais de respecter les sentiments religieux du peuple, Enver Hodja proclame solennellement en 1967 l’Albanie premier Etat athée dans l’histoire.

Les souvenirs « gastronomiques » d’Enver Hodja concernant les dirigeants soviétiques de l’époque poststalinienne sont impartiaux. Hodja déteste tout particulièrement Khrouchtchev avec qui il fait connaissance du vivant de Staline en Ukraine. Enver Hodja se souvient du premier déjeuner avec Khrouchtchev : « une soupe : borchtch, une coupe de lait aigre, aussi épais qu’on peut le couper avec un couteau : je n’ai même pas compris si c’était du lait aigre ou de la brynza ».

A en croire Hodja, beaucoup de banquets sont donnés après la mort de Staline. En cette période on ne saurait rencontrer les dirigeants soviétiques qu’aux banquets. Les tables sont couvertes jour et nuit, les plats et les boissons sont servis en abondance. En regardant les camarades soviétiques manger et boire, je pense à Gargantua de Rabelais. Tout cela se produit après la mort de Staline lorsque la diplomatie soviétique se met à donner les repas et le « communisme » khrouchtchévien est illustré, entre autres, par des banquets, le caviar et les vins criméens ».

Le leader albanais signale dans son livre « Les khrouchtchéviens » l’immodération des leaders du parti soviétique dans la nourriture. Il décrit, en particulier, son séjour à Moscou pendant le XXIe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique.

Un membre du présidium du Comité central du PCUS invite les Albanais à déjeuner à sa datcha dans la banlieue de Moscou. Il est dix heures du matin et la table est couverte comme dans les contes consacrés aux tsars russes. Hodja refuse de prendre le petit déjeuner et regarde les responsables soviétiques renverser les verres de vodka et de vins. Les Albanais veulent partir mais les propriétaires leur disent qu’on va servir le déjeuner. « Etonnés, nous ouvrons de grands yeux en demandant : « Qu’avons-nous donc fait jusqu’à présent ? N’avons-nous pas mangé et bu ces deux jours ? », se souvient Enver Hodja. « Ah, non, nous répond-on, ce qu nous avons mangé, ce n’était qu’un petit déjeuner léger et maintenant – c’est un authentique déjeuner qui commence ». « On nous conduit dans le réfectoire. Nous voyons à nouveau la table couverte : tous ces mets sont faits aux frais de l’Etat soviétique des prolétaires au nom de ses dirigeants », écrit Hodja indigné par le comportement des « révisionnistes » soviétiques.

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