4 avril, 18:45

L’Eglise se remet au service de la France

L’Eglise se remet au service de la France
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Le dernier des Mohicans socialiste, j’entends feu François Mitterrand, avait un jour confié dans le cadre d’une conversation – hélas seulement privée – qu’il fallait être en bons termes avec les francs-maçons et les catholiques pour se sentir bien au chaud à l’Elysée. Pour nos amis les francs-maçons l’histoire est vieille de près de 250 ans, inutile de revenir sur ces propos. En revanche, le traitement infligé à l’Eglise ces huit dernières années semble tout à fait extraordinaire.

Soyons objectif. L’éveil de l’Eglise catholique de France tient en beaucoup à la lame de fond populaire remontant aux premiers balbutiements de la Manif pour tous. Le mouvement s’est depuis développé s’affichant presque en parti des rues présidé par … l’homme de la rue, cette Française ou ce Français moyen dont les porte-paroles sont nombreux et divers de par leur envergure – je pense à Christine Tasin, à Pierre Cassen, fondateur de Riposte Laïque, à Christine Boutin, fondatrice du Parti chrétien-démocrate et à tant d’autres défenseurs de cette identité française qui passe, qu’on le veuille ou non, par son ADN romano-chrétien. L’homme des rues dont il est question n’est pas spécialement politisé. Il n’est pas spécialement religieux pratiquant, voire croyant tout court. Néanmoins, il adhère à des valeurs ancestrales acquises et jusqu’ici immuables qui devraient faire la force d’une Eglise trop longtemps paralytique.

Curieusement car l’histoire n’a jamais connu de tel précédent, c’est à l’Eglise récupérer le sens des contestations surgies en 2012 en redevenant de ce monde. Sans vouloir blesser qui que ce soit, s’il y a quelque chose que l’on aurait pu reprocher à nos ecclésiastiques, c’est leur prise de distance parfois veule par rapport aux politiques dominantes menées lorsque celles-ci court-circuitent. En voici un exemple tout récent : la tuerie de Kessab, en Syrie, ville proche de la frontière avec la Turquie, peuplée à 65 % d’Arméniens, donc, de chrétiens. Ils furent chassés de leur territoire et exterminés pour une bonne moitié d’entre eux précisément le jour de la commémoration du génocide des Arméniens par la Turquie entre 1915 et 1922. Les bourreaux, des terroristes défaits à Lattaquié par l’Armée arabe syrienne, n’auraient jamais pu commettre leur crime sans l’aval d’Ankara. La discrétion du mainstream médiatique s’explique par le refus tout à fait conventionnel de remettre en cause un pays membre de l’OTAN. Mais que penser du mutisme des évêques de France par contre parfaits quand il s’agit de dénoncer une « extrême-droite » beaucoup plus solidaire des valeurs chrétiennes que le PS ? Cette asymétrie de la fonction sacerdotale, loin de pérenniser l’influence de l’Eglise, la désarme totalement face au renforcement des enjeux sociétaux et surtout, au stade où nous en sommes, civilisationnels.

Face à ce que le philosophe italien Julius Evola qualifiait de démocratisation régressive – en ce sens que nous vivons l’expérience d’une démocratie de façade ne donnant de marge de manœuvre importante qu’à la réalisation des instincts primaires et non pas à celle de la pensée nationale – il faut, toujours selon Julius Evola, « restau[rer] un type d’organisation sociale différenciée, organique, bien articulée grâce à l’intervention d’une force centrale vivante et formatrice ».

Cette réorganisation de la société qui sera tôt ou tard à opérer doit réconcilier le catholicisme avec une société en rupture avec ses élites politiques mais aussi en rupture avec son passé identitaire. La société civile s’engagera de plus en plus dans des mouvements de contestation constructifs. Quant à l’Eglise, elle devra dépasser son manque de cohérence qui fait qu’elle préfère soutenir d’une manière assez peu timide un parti hostile au christianisme tout en se montrant beaucoup plus discrète quant au sort lamentable de ses Frères persécutés dans des parties du monde de plus en plus exposées à une percée islamiste dont ce même parti qu’elle soutient est le sponsor indirect. Cette incohérence se retrouve également dans le clivage chrétien de droite et chrétien de gauche, le premier s’indignant de la loi Taubira, le deuxième s’indignant de la dureté de Manuel Valls dans son traitement de la question des Roms.

Cette tension intraconfessionnelle droite-gauche doit être dépassée par la compréhension de ce que sont les intérêts de la France, c’est-à-dire d’un pays dont les problèmes sont bien plus vastes que celui du mariage homosexuel, d’un pays qui ne peut pas ou en tout cas ne peut plus accueillir « toute la misère du monde ».

De ce point de vue, si l’Eglise de France a bel et bien vocation d’être de ce monde c’est pour servir le pays qu’elle représente sans sombrer dans des problèmes de deuxième importance ou des utopies périmées à la sauce socialiste.

Conscient du fait qu’il fallait réformer le monde religieux français, Mgr Marc Aillet, évêque du diocèse de Bayonne, a visité Moscou cette semaine accompagné d’une petite délégation composée de Gregor Puppinck, directeur de l’European Centre for Law and Justice, Thierry de la Villejégu, directeur de la Fondation Lejeune, Guillaume d’Alançon, délégué épiscopal famille et vie et délégué général de l’académie pour la vie du diocèse de Bayonne, enfin, d’Aymeric Pourbaix, Directeur de Rédaction du magazine Famille Chrétienne. Deux constats cruciaux ont été établis à l’issue de cette réunion :

- La jeunesse française revient progressivement aux valeurs traditionnelles en rejetant l’héritage ultralibéral de ces dernières années. Il s’agit de personnes ayant entre 18 et 25 ans.

- La Russie connait « un incontestable éveil religieux », éveil impressionnant qui va au-delà de la tradition religieuse pure et simple et dont les sociétés occidentales gagneraient à s’inspirer.

Voici un extrait de l’intervention de Mgr Marc Aillet. Il répond ici à la question d’un journaliste russe portant sur la proportion approximative de jeunes Français solidaires des valeurs familiales traditionnelles.

«Il est encore un peu difficile de répondre sur la proportion et les statistiques. Ce qui est nouveau, c’est qu’en France les partis politiques comme les organisations syndicales professionnelles ne mobilisant plus les Français pour s’exprimer massivement sur un sujet de société. On peut dire que le collectif qui a rassemblé à trois reprises plus d’un million de citoyens dans les rues de Paris contre le projet de loi de mariage entre les personnes de même sexe avec adoption des enfants par ces couples est un collectif qui est né de la société civile soutenue par des associations non-confessionnelles, non-gouvernementales qui agissent depuis plusieurs décennies dans le domaine de la promotion des valeurs de la famille, du mariage et de la vie. Parmi les membres de ce collectif il y a certainement des catholiques et des catholiques convaincus. On peut donc dire aujourd’hui que la proportion de Français qui était favorable au mariage entre personnes de même sexe a diminué sensiblement à cause de ces manifestations ce qui par ailleurs s’est ressenti à travers les dernières élections municipales où on a vu que des candidats qui avaient soutenu officiellement le projet de loi du gouvernent n’ont pas été élus ou réélus. On peut aussi dire qu’il y a une majorité de Français qui étaient opposés à la suite de ces manifestations à l’adoption d’enfants pas les couples de même sexe. »

Commentaire de l’auteur. On voit donc bien que l’Eglise catholique commence à renforcer ses positions à travers le rapprochement d’une partie de la société purement catholique et une autre partie de la société athée ou en tout cas très éloignée des problématiques religieuses. En ce sens, l’hyper-laïcisme du PS a redoré le blason de l’Eglise catholique qui devrait en profiter de toute urgence en repensant sa politique à travers le service d’une France concrète animée par des revendications concrètes. T

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